Nous pouvons sortir d’un webinaire, d’une réunion ou d’une lecture avec une idée très claire : dans telle situation, j’aurais pu répondre autrement.

Formuler ma demande sans m’excuser. Ne pas me justifier avant même qu’on le demande. Ne pas dire « je vais essayer » alors qu’un engagement clair, une condition ou une priorité à arbitrer sont nécessaires. Présenter ma proposition avant d’en détailler l’historique. Revenir aux faits plutôt que répondre sous le coup de l’inconfort.

À froid, ces réponses paraissent souvent évidentes.

Puis la situation revient. La réunion commence, le message tombe, la demande doit être formulée. Et l’ancien réflexe reprend la main.

Ce décalage est familier. Nous avons compris ce que nous aimerions faire autrement, mais nous ne parvenons pas toujours à le mobiliser au moment même où cela serait utile.

Ce n’est pas parce que nous n’avons rien compris. Ce n’est pas non plus un manque de bonne volonté. C’est que nos réflexes les plus anciens sont déjà disponibles. Ils se déclenchent vite, particulièrement lorsque l’enjeu relationnel devient plus sensible : peur de déplaire, de paraître exigeant, d’être jugé, de provoquer une réaction ou de ne pas être à la hauteur.

Reconnaître le réflexe ouvre une possibilité

Prendre conscience d’un réflexe est indispensable.

C’est le moment où nous pouvons commencer à repérer ce qui se passe réellement : l’excuse qui précède la demande, l’explication qui noie la décision, la réponse défensive qui nous éloigne des faits, le « je vais essayer » qui masque une difficulté à nous engager ou à poser une condition.

Cette prise de conscience crée une hésitation précieuse. Pendant quelques secondes, l’ancien automatisme n’est plus la seule réponse possible.

Mais cette hésitation ne devient pas encore une nouvelle habitude.

Nous pouvons savoir qu’une demande claire est plus respectueuse qu’une demande pleine de précautions. Nous pouvons comprendre qu’une décision n’a pas besoin d’être longuement justifiée. Nous pouvons être convaincus qu’il vaut mieux exprimer une priorité que laisser croire que nous pouvons tout faire.

Pourtant, lorsque la pression revient, nous faisons souvent ce que nous avons déjà fait. Non par incohérence. Parce que cette réponse est familière, rapide et qu’elle a longtemps semblé nous protéger.

Pour qu’une autre réponse devienne disponible, il faut lui donner l’occasion d’être essayée, ajustée et répétée.

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L’entraînement ne consiste pas à tout régler

La tentation est grande de vouloir corriger plusieurs manières de faire à la fois. Elle conduit souvent à ne rien installer durablement.

Nous nous disons que nous allons être plus affirmés, mieux écouter, mieux gérer nos émotions, mieux présenter nos idées et ne plus nous justifier. L’intention est positive, mais elle reste trop large pour guider une action dans la prochaine situation concrète.

L’approche la plus utile consiste à choisir un seul réflexe.

Pas celui qui paraît le plus grave en théorie. Celui qui revient réellement dans les situations ordinaires de travail.

Peut-être est-ce le moment où vous écrivez : « Désolé de te déranger… » avant une demande pourtant légitime. Peut-être est-ce lorsque vous expliquez longuement une absence que personne ne vous a demandé de justifier. Peut-être est-ce le moment où vous acceptez une mission en disant « je vais essayer », sans signaler une contrainte qui devra pourtant être prise en compte.

Pendant quelques jours, il s’agit de repérer les circonstances où ce réflexe apparaît. Une demande à un collègue. Une information à transmettre. Un désaccord. Une décision à annoncer. Un message qui provoque une réaction immédiate.

Puis de préparer une action très simple à essayer.

Formuler le besoin et le délai. Annoncer la décision sans ajouter les justifications inutiles. Signaler ce qui manque avant de prendre un engagement. Présenter la proposition avant les explications. Revenir aux faits, aux responsabilités et à la prochaine action.

L’objectif n’est pas de réussir à chaque fois. Il est de créer assez d’occasions pour qu’une nouvelle réponse puisse commencer à prendre place.

Observer ce qui se passe, plutôt que se juger

Un entraînement devient vite décourageant lorsqu’il se transforme en évaluation permanente de soi.

Après une réunion difficile, nous pouvons nous dire : « Je n’y arrive pas », « je retombe toujours dans les mêmes travers » ou « je sais ce qu’il faudrait faire, mais je ne suis pas capable de le faire ».

Ces conclusions ferment l’observation au lieu de l’aider.

La question utile n’est pas : « Pourquoi suis-je encore comme cela ? » Elle est : « À quel moment précis mon réflexe est-il apparu ? Qu’est-ce que j’ai essayé ? Qu’est-ce qui m’a empêché d’aller plus loin ? Quelle action plus simple pourrais-je tenter la prochaine fois ? »

Cette manière de regarder la situation change la nature de l’effort. Il ne s’agit plus de se demander si nous sommes une personne suffisamment affirmée, calme ou légitime. Il s’agit d’examiner une action : une phrase, une demande, une décision, une réponse à un message.

Nous pouvons alors ajuster sans nous condamner.

Un premier essai peut être maladroit. Une demande peut manquer de clarté. Une réponse peut arriver trop tard. Cela ne retire rien à l’intérêt de l’essai. Au contraire : c’est ce qui permet de comprendre comment rendre l’action plus praticable la fois suivante.

Pourquoi s’entraîner seul est difficile

S’entraîner seul demande une réelle détermination.

Il faut penser à observer la situation alors qu’elle est déjà en cours. Il faut accepter qu’un réflexe revienne. Il faut comprendre ce qui n’a pas fonctionné, choisir un ajustement et recommencer.

C’est possible. Mais, lorsque la situation est importante ou que l’ancien réflexe est solidement installé, nous ne savons pas toujours quelle action modifier. Nous pouvons aussi rester seul avec notre interprétation de ce qui s’est passé.

Nous croyons parfois qu’il faut plus de volonté. Il faut souvent un regard qui aide à distinguer ce qui relève de la situation, ce qui mérite d’être préparé et ce qui peut être essayé dès maintenant.

Un accompagnement ne remplace pas l’action. Il ne parle pas à la place de la personne et ne lui fournit pas une phrase à réciter.

Il apporte un point d’appui : examiner une situation réelle, identifier ce qui a déclenché le réflexe, choisir une action praticable et revenir sur ce qu’elle a produit. Il aide à poursuivre l’entraînement jusqu’à ce qu’une autre réponse puisse apparaître au moment où elle est nécessaire.

Faire autrement au moment où cela compte

Nous avons tous déjà formulé une demande claire sans nous excuser. Nous avons déjà exprimé une position sans attaquer celle de l’autre. Nous avons déjà choisi de revenir aux faits au lieu de défendre notre image.

L’enjeu n’est pas de devenir quelqu’un d’autre.

Il est de pouvoir retrouver plus souvent cette capacité lorsque la situation l’exige.

Comprendre est un début. L’entraînement donne à cette compréhension une chance d’exister dans le travail quotidien.

Le livre blanc « Être entendu sans avoir à s’imposer » présente cinq réflexes qui détournent notre message, les situations dans lesquelles ils apparaissent et des réponses concrètes à mettre en pratique.

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