Passer du présentiel au distanciel implique-t-il un sevrage ?

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Auteur :
Jean-Claude Grünler
Durée de lecture :
2 min 30
Catégorie :
Actualités
 

Passer du présentiel au distanciel

La formation professionnelle est en phase de mutation, mais pour le moment, cette phase est ressentie comme une contrainte : « nos distances il faut garder ! » Pourtant, cette contrainte ne pourrait-elle pas s’envisager comme une invitation à opter pour un nouveau paradigme ? Se pourrait-il qu’il y ait, dans une situation que nous n’avons pas choisie, quelque chose d’intéressant, quelque chose de positif qui serait bon pour nous ?

Depuis des lustres, notre culture nous encourage à privilégier le contact direct et cela, même si notre société dispose de tous les moyens utiles pour communiquer de loin dans de bonnes conditions. Nous apprécions ces moyens mais ils ne nous satisfont pas réellement car, autant que faire se peut, nous faisons tout pour nous retrouver en face à face plutôt qu’en ligne ou en visio.

« Je veux être en face de celui qui m’enseigne, cela me rassure, et quand nous sommes plusieurs à apprendre en même temps, cela me rassure encore plus ! » La messe est dite, c’est dans cette situation qu’il nous faut nous trouver pour avoir le sentiment que nous allons apprendre et progresser, sous la houlette d’un mentor bienveillant qui lui-même est rassuré de nous avoir sous la main.

Faites-vous partie de ceux qui pensent que tant que le mentor, le formateur, est à proximité, tout va bien et que dès qu’il a le dos tourné, l’apprenant perd un peu de ses moyens et tend à revenir vers ce qu’il maîtrise ? Il est clair, dans ces conditions, que l’évolution de l’apprenant est freinée jusqu’à ce que le mentor réapparaisse. D’où vient ce phénomène ? On appelle ça le « syndrome de dépendance » : l’apprenant compte essentiellement sur l’approbation de son mentor alors que la seule approbation qui devrait compter réellement, c’est celle de l’apprenant lui-même, face au résultat qu’il vient d’obtenir.

Or, la méthode du « je t’explique, je te montre et tu n’auras plus qu’à faire » ne manque jamais de confirmer ses limites et pourtant, notre nature profonde nous pousse à la privilégier, la plébisciter et la réclamer avec force dès lors qu’une proposition de formation à distance pointe le bout de son nez.

À l’inverse de cette vision, la pratique du sport nous démontre qu’une fois qu’on a réussi le bon geste, il ne reste plus qu’à en faire un automatisme (devenir inconsciemment compétent) et pour cela la solution c’est, bien évidemment, de s’entraîner ! Sachant que l’objectif de tout entraînement consiste à pérenniser le réflexe qui produit ce nouveau geste, pour remplacer avantageusement ce que l’on faisait avant de commencer l’entraînement. Sauf que… tant que ce réflexe n’est pas ancré, le bon geste reste incertain. (chassez le naturel…)

Force est de le constater : sans cet entraînement, le changement n’aura pas lieu ou, dans le meilleur des cas, il prendra du temps, beaucoup de temps.

C’est dans le but d’accélérer le changement que certaines méthodes distancielles placent l’apprenant en situation d’application immédiate, pour provoquer un résultat instantané qu’il pourra constater lui-même et dont il ressentira les bénéfices sur le champ. Ce qui, à terme, le motivera à prolonger son entraînement jusqu’à ancrer le réflexe souhaité.

Contrairement au présentiel qui inclut (sur quelques heures d’affilée) l’ensemble des notions qu’il faut connaître pour les mettre en œuvre plus tard (seul devant son poste de travail) le distanciel peut s’étaler sur des semaines entières, permettant de distiller les étapes de l’apprentissage, sans brutalité, et de ne passer à l’étape suivante que lorsque la précédente a été totalement intégrée.
 
 
Jean-Claude E. Grünler
Responsable pédagogique HCD Institute

Auteur : Jean-Claude GRUNLER

Jean-Claude E. Grünler est co-fondateur de HCD Institute, créé au début de l’année 2011. Il intervient dans les entreprises et organisations en tant que Coach et formateur en Développement des Compétences Comportementales. Son approche de la formation découle de sa posture de coach qui place l’apprenant au cœur même de sa démarche. Particulièrement impliqué dans les thématiques de Management et Leadership, de l’inclusion, de la performance en équipe et de l’accompagnement des changements organisationnels et culturels, il intervient dans de nombreux secteurs d’activités, en France et à l’étranger.