Seul(e) face aux situations injustes (et mal compris(e)) : comment trouver une aide qui vous ressemble ?
LES FONDAMENTAUX DE L’INTELLIGENCE EMOTIONNELLE
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Jean-Claude Grünler
4 min 30
Intelligence émotionnelle
Il y a ces moments où le travail se serre autour de nous : une décision prise sans nous, un malentendu qui s’enkyste, une remarque sèche qui laisse un goût d’injustice. Les collègues ont souvent un avis, parfois utile, souvent générique. « Tu es dans ton droit, rappelle-le-lui. » Facile à dire.
L’aplomb du conseilleur n’est pas toujours le vôtre. Et c’est là que la solitude s’installe : on sait que quelque chose cloche, mais on ne trouve pas l’aide ajustée à notre façon d’être.
Cet article n’est pas un inventaire de “bons conseils”. C’est une méthode de repérage pour passer de la solitude confuse à un premier pas adapté à vous.
Pourquoi les conseils “bienveillants” manquent la cible
- Ils prêtent du courage qu’on n’a pas… encore. Dire « mets les points sur les i » suppose un style et un timing qui ne sont pas forcément les vôtres.
- Ils simplifient un contexte complexe. Historique des relations, enjeux implicites, fatigue… ces variables changent tout.
- Ils proposent une posture, pas un geste. Or on avance avec des gestes concrets, pas avec des slogans.
Idée clé : ce n’est pas votre caractère qu’il faut « changer », c’est votre prochain geste qu’il faut préciser. Et quand je dis « ce n’est pas votre caractère qu’il faut changer, c’est votre prochain geste qu’il faut préciser », je veux dire :
- Le caractère (introverti/extraverti, “manque d’aplomb”, etc.) est relativement stable et lent à faire évoluer. Miser dessus dans l’instant crée de la pression inutile.
- Le prochain geste est la plus petite action observable à votre portée dans la prochaine interaction : une phrase, une question, un cadrage de 10 minutes, un « non + option », un brouillon gardé pour demain. Lui, vous pouvez le choisir et l’exécuter tout de suite.
Pourquoi ça marche
1. Actionnable : on passe d’une injonction floue « sois assertif » à une action précise (une phrase à dire).
2. Respectueux de vous : vous n’avez pas besoin de vous « changer », juste d’agir avec plus de précision.
3. Mesurable : vous voyez rapidement si ça améliore la situation, et vous ajustez.
Comment préciser votre prochain geste (en 60 secondes)
1. Intention : quel résultat raisonnable je vise maintenant ? (ex : clarifier l’attendu / gagner 24h)
2. Forme : mail, phrase orale, demande de 10 min ?
3. Formulation (1-2 lignes, concrètes) : écrivez-la, puis testez.
Exemples concrets :
- Au lieu de « Sois assertif » fais ce geste : « J’aimerais dire oui et, pour tenir le délai, je propose A aujourd’hui, B mardi. Ça te va ? »
- Au lieu de « Prends ta place » fais ce geste : « 10 minutes hors Slack pour décider qui fait quoi avant 16h ? »
- Au lieu de « Reste calme » fais ce geste : Garder le mail en brouillon et l’envoyer demain 9h après relecture d’un pair.
- Au lieu de « Fais-toi respecter » fais ce geste : « Fait : la décision m’a été communiquée après coup. Impact : je ne peux pas garantir la qualité. Option : je propose… Tu me dis ? »
En bref : ne vous demandez pas qui vous devez devenir, demandez-vous quelle est la prochaine phrase/étape utile que vous pouvez poser tout de suite. C’est ainsi que la confiance revient, un geste précis après l’autre.
Quand on se sent seul : nommer sans s’accuser
La solitude naît souvent du brouillard. On peut le dissiper en trois phrases, sans jugement :
1. Fait : ce qui s’est passé, observable.
2. Impact : ce que cela produit sur votre travail (délai, qualité, charge).
3. Intention : ce que vous visez (sécuriser, clarifier, décider).
Exemple
Fait : « La décision a été validée sans mon input. »
Impact : « Je ne peux pas garantir la qualité du livrable. »
Intention : « Je veux sécuriser la prochaine étape. »
Rien que cela allège déjà la solitude : vous devenez lisible pour vous-même.
Comment reconnaître une aide adaptée (et cohérente pour vous) ?
Une aide est bonne pour vous si elle coche ces critères :
1. Elle respecte votre style :
L’aide n’impose pas un ton ; elle vous donne des formulations compatibles avec votre voix.
2. Sa portée est réaliste
Elle vise une amélioration locale (prochaine réunion, prochain mail), pas la « grande résolution ».
3. Elle est Transposable
Elle tient en une ou deux phrases que vous pouvez utiliser tel quel dans différentes situations.
4. Elle neutralise l’escalade
Elle diminue la tension des deux côtés (pas seulement gagner).
5. Elle est mesurable en 48 h
Vous pouvez constater au moins un petit progrès rapidement (clarté, délai, ton).
Mini-bibliothèque de gestes qui vous laissent vous-même
Choisissez un geste qui vous ressemble aujourd’hui.
Clarifier une demande floue
« Pour sécuriser Y, de quoi avons-nous exactement besoin côté X d’ici telle heure ? »
Dire non sans fermer
« J’aimerais dire oui et, pour tenir le délai, je propose A maintenant, B mardi. Ça vous va ? »
Nommer une injustice ressentie sans accuser
« Fait : j’ai reçu la décision après coup. Impact : je ne peux pas garantir la qualité.
Option : je propose …. Qu’en dites-vous ? »
Désamorcer un malentendu
« Je veux être sûr d’avoir compris : vous attendez X, avec Y comme priorité, c’est bien ça ? »
Créer un rendez-vous d’alignement
« 10 minutes hors messagerie pour décider une chose : qui fait quoi avant telle heure ? »
Un protocole court “anti-solitude” (10 jours)
- Jour 1 : écrire Fait / Impact / Intention (3 lignes max)
- Jour 2 : choisir un geste ci-dessus, l’adapter à votre voix
- Jour 3 : l’essayer une fois (message bref / échange de 10 min)
- Jour 4 : noter ce qui a un peu bougé (même 10 %)
- Jour 5-6 : demander un regard de contexte (pas un conseil) à un pair : « Lis ça, est-ce clair/juste ? »
- Jour 7 : ritualiser 2 minutes avant envoi (respiration + relecture)
- Jour 8-9 : tenter la variante du même geste (ex. “non” + option)
- Jour 10 : garder le geste qui a marché ; c’est votre nouvelle base.
Ce que l’aide n’a pas à faire
- Vous transformer en quelqu’un d’autre.
- Promettre la paix universelle.
- Vous culpabiliser de ne pas avoir “osé”.
Ce qu’elle doit faire : respecter votre façon d’être, vous donner une formulation praticable, et vous rendre un peu d’air tout de suite.
Et si le plaisir pouvait revenir par petites preuves ?
Le plaisir au travail ne revient pas parce qu’on le décrète. Il revient quand on constate que nos gestes redeviennent efficaces : une réunion plus courte, une réponse mieux reçue, un cadre posé sans heurt.
Une preuve après l’autre.
Aristote disait : « Quand il y a du plaisir dans le travail, il y a du génie dans le travail. » Retrouver ce plaisir, ce n’est pas « être plus fort », c’est être plus précis, mais bien sûr, à votre manière.
En résumé
Quand la solitude pèse, ne cherchez ni le courage héroïque ni le conseil parfait d’une personne bienveillante.
Cherchez le prochain geste utile qui vous ressemble. C’est modeste, mais c’est reproductible.
Et, de geste en geste, on voit réapparaître quelque chose d’essentiel : l’élan.

Auteur : Jean-Claude GRUNLER
Responsable pédagogique RobotCoachPro
Jean-Claude E. Grünler est co-fondateur de HCD Institute, créé au début de l’année 2011. Il intervient dans les entreprises et organisations en tant que Coach et formateur en Développement des Compétences Comportementales. Son approche de la formation découle de sa posture de coach qui place l’apprenant au cœur même de sa démarche. Particulièrement impliqué dans les thématiques de Management et Leadership, de l’inclusion, de la performance en équipe et de l’accompagnement des changements organisationnels et culturels, il intervient dans de nombreux secteurs d’activités, en France et à l’étranger.
Apprenez à identifier les comportements ayant un impact négatif, toxique, manipulatoire et à vous en protéger efficacement.
Seul face aux situations injustes : comment trouver une aide qui vous ressemble ? Appliquez le protocole “anti-solitude” (10 jours).